Mémoire produit dans le cadre de mon Master 1 Information Documentation, lors de mon stage au sein du laboratoire Gériico d’avril 2025 à juillet 2025.
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Dans un contexte de transformation numérique et d’ouverture des savoirs, la médiation scientifique devient un levier stratégique pour renforcer le dialogue entre science et société. Ce mémoire interroge les apports que pourrait représenter la mise en place d’un portail de médiation scientifique dans la stratégie de communication d’un laboratoire universitaire. À partir du cas du laboratoire Gériico (Université de Lille), il propose une analyse croisée des dispositifs de communication existants, des pratiques internes de médiation et des enjeux liés à la structuration documentaire de ces actions. Une enquête exploratoire a permis de recenser plus de 50 % des membres comme impliqués dans des formes variées de médiation, souvent peu visibles ou non reconnues. Le mémoire conclut à la nécessité de développer un portail structurant, intégré à l’écosystème éditorial du laboratoire, pour favoriser la visibilité, la capitalisation et la reconnaissance institutionnelle de la médiation scientifique.
Mots-clés : médiation scientifique, communication scientifique, science ouverte, portail numérique, laboratoire universitaire, sciences de l’information et de la communication.
In the context of digital transformation and open science policies, scientific mediation is emerging as a strategic tool to foster dialogue between research and society. This thesis explores the potential contributions of a scientific mediation portal to the communication strategy of a university laboratory. Using the Gériico laboratory (University of Lille) as a case study, it offers a combined analysis of current communication tools, internal mediation practices, and the documentary challenges of knowledge dissemination. An exploratory survey identified over 50% of members as involved in diverse, yet often invisible or unrecognized, mediation activities. The study highlights the need for a structured digital portal integrated into the laboratory’s editorial ecosystem, to enhance the visibility, capitalization, and institutional recognition of scientific mediation.
Keywords : scientific mediation, science communication, open science, digital portal,university laboratory, information and communication sciences.
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À l’ère de la science ouverte et de la transformation numérique des institutions de recherche, les laboratoires universitaires sont appelés à faire évoluer leurs pratiques de communication. Il ne s’agit plus seulement de rendre compte des productions scientifiques dans des cercles spécialisés, mais d’inscrire ces savoirs dans une dynamique élargie de visibilité, de valorisation, d’accessibilité et d’engagement envers des publics diversifiés, qu’ils soient académiques, professionnels, associatifs ou citoyens. Dans ce contexte, la médiation scientifique s’impose comme une dimension essentielle, à la croisée de la vulgarisation, de la communication institutionnelle et de l’ouverture des savoirs. Elle interroge les modalités selon lesquelles les laboratoires construisent une relation avec la société, au-delà de la seule communauté scientifique (Bergeron, 2016). La médiation scientifique s’inscrit dans un mouvement plus large impulsé par les politiques nationales et internationales en faveur d’une science ouverte, participative et responsable, telles que le rappellent les recommandations de l’UNESCO (2021) et les engagements du CNRS en matière de diffusion des savoirs (CNRS, 2019).
Il ne s’agit pas uniquement de « traduire » ou de vulgariser, mais de produire une relation de co-construction entre les mondes scientifiques et les publics, dans une logique dialogique et participative. Comme le souligne Bergeron (2016), la médiation s’est imposée au fil des décennies comme une catégorie transversale, convoquant à la fois les enjeux communicationnels, cognitifs et politiques liés à l’articulation entre science et société. Joëlle Le Marec (2009) insiste également sur la nécessité de comprendre la médiation non comme un simple outil de communication descendante, mais comme un cadre réflexif permettant d’interroger les modes de circulation des savoirs et les rapports de légitimité qui les traversent.
La place croissante de la médiation dans l’agenda institutionnel s’inscrit dans le prolongement des critiques formulées à l’égard des modèles de vulgarisation unidirectionnels. Lewenstein (2022) évoque ainsi la nécessité d’un tournant vers une science « en conversation », attentive aux attentes, aux temporalités et aux formes d’engagement des publics. Cette dynamique est particulièrement visible dans les projets labellisés SAPS (Science avec et pour la société), qui soutiennent l’émergence de dispositifs articulant production de savoirs, ancrage territorial et reconnaissance des formes alternatives de communication scientifique (MESRI, 2021).
Le laboratoire Gériico, unité de recherche en Sciences de l’information et de la communication (EA 4073) rattachée à l’Université de Lille, s’inscrit pleinement dans cette dynamique, il mène des projets de recherche en lien étroit avec les mutations actuelles de l’environnement scientifique et social. Ce pôle de recherche, qui rassemble plus de quarante enseignants-chercheurs, oriente ses travaux vers l’analyse des pratiques, des processus et des dispositifs info-communicationnels, en saisissant les phénomènes scientifiques dans leurs dimensions langagières, discursives, technologiques et symboliques. Dans le cadre de mon stage de Master 1 en information-documentation, réalisé au sein du laboratoire, une réflexion stratégique a été engagée sur la communication numérique de l’unité. Ce travail s’est traduit par plusieurs contributions concrètes : la gestion et l’alimentation des canaux de diffusion (site web, page LinkedIn, newsletter GériicoActu), la création de supports visuels, la production de vidéos valorisant les événements scientifiques, ainsi que l’élaboration de propositions éditoriales visant à renforcer la cohérence de la stratégie de communication, l’identité et la visibilité du laboratoire.
Parmi les missions structurantes confiées au cours de ce stage, la plus transversale a consisté à contribuer à la mise en place d’un portail de médiation scientifique, destiné à recenser, documenter et diffuser les actions de médiation menées au sein du laboratoire et, à terme, à l’échelle de l’Université de Lille. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme national SAPS (Science avec et pour la société), et s’ancre dans une volonté institutionnelle de valoriser les démarches participatives de recherche en leur donnant une visibilité accrue au sein de l’écosystème numérique universitaire.
Ce mémoire s’inscrit dans la continuité de cette expérience professionnelle. Il propose d’interroger, à partir d’un cas concret, la manière dont la construction d’un portail de médiation peut contribuer à la stratégie de communication d’un laboratoire universitaire. La problématique centrale retenue est la suivante : Quels apports la mise en place d’un portail de médiation scientifique peut-elle représenter pour la stratégie de communication d’un laboratoire universitaire ? Cette interrogation articule à la fois des enjeux théoriques autour des dispositifs numériques, de la vulgarisation et des politiques de science ouverte et des enjeux pratiques liés à l’organisation interne, aux logiques de valorisation, et à l’outillage technique des unités de recherche.
Afin d’éclairer cette problématique, quatre hypothèses ont guidé l’analyse. Premièrement, les actions de médiation portées par les chercheurs apparaissent nombreuses, mais elles demeurent peu visibles sur les supports institutionnels actuels. Deuxièmement, un portail de médiation constitue un outil structurant susceptible d’améliorer la visibilité, la lisibilité et l’accessibilité de ces actions. Troisièmement, la valorisation des activités de médiation repose sur une stratégie numérique intégrée, mobilisant de manière cohérente les différents canaux de communication du laboratoire. Enfin, la mise en œuvre d’un tel portail collaboratif implique une coordination renforcée entre les communicants et les chercheurs, ainsi qu’une reconnaissance institutionnelle explicite des actions de médiation dans l’organisation scientifique.
Ce travail poursuit donc un double objectif. Sur le plan professionnel, il s’agit d’analyser la manière dont un portail numérique peut répondre à des besoins concrets de structuration, de mutualisation et de valorisation des initiatives de médiation. Sur le plan scientifique, le mémoire s’inscrit dans une approche info-communicationnelle des dispositifs numériques, en croisant les apports de la médiation scientifique et de la communication institutionnelle.
Pour ce faire, une méthodologie plurielle a été mobilisée. Elle repose sur une analyse des dispositifs de communication existants du laboratoire, via l’étude de leurs contenus, de leurs usages et de leur articulation stratégique. Une enquête interne exploratoire a été menée par mail afin d’identifier les pratiques de médiation, les ressources produites et les représentations associées. Enquête qui a été complété par un recensement des actions de médiation passées et en cours, et par une contribution active à la structuration d’une base de données destinée à alimenter le futur portail.
Ce mémoire s’organise en quatre parties. La première partie propose un état de l’art sur les notions de communication numérique, de médiation scientifique et de science ouverte, en interrogeant les enjeux croisés qu’elles soulèvent dans le contexte universitaire. La deuxième partie se veut comme un état des lieux du laboratoire Gériico, ses missions et ses dispositifs de communication actuels, tout en dressant une liste, la plus exhaustive possible, des pratiques de médiation identifiées. La troisième partie s’attache à réfléchir au rôle du portail dans la stratégie de communication du laboratoire, en identifiant les apports potentiels, les conditions de réussite, ainsi que les perspectives d’intégration dans une logique durable et cohérente. Enfin, la quatrième partie présente les résultats de l’enquête interne et ouvre une réflexion sur les tensions, les obstacles et les perspectives associés à la mise en œuvre d’un tel outil dans un contexte universitaire.
Afin de saisir les enjeux liés à la mise en place d’un portail de médiation scientifique dans une stratégie de communication universitaire, il est nécessaire de replacer ce projet dans un cadre théorique et conceptuel rigoureux. L’état de l’art proposé ici vise à construire un socle de compréhension des notions centrales mobilisées dans ce mémoire, tout en identifiant les tensions et perspectives qui les traversent. Il permet ainsi de situer la réflexion dans le champ des Sciences de l’information et de la communication (SIC), en mobilisant des travaux issus de la recherche contemporaine sur les dispositifs numériques, la communication scientifique et les politiques d’ouverture des savoirs.
Trois axes complémentaires structurent cet état de l’art. Le premier s’attache à définir et à contextualiser la médiation scientifique comme concept et comme pratique, en soulignant son évolution au sein des laboratoires universitaires et son articulation avec les logiques de vulgarisation, de participation et de dialogue science-société. Le deuxième axe examine la science ouverte comme cadre politique et institutionnel structurant, en interrogeant les implications de ses principes sur les pratiques de communication et les exigences de transparence, d’accessibilité et d’engagement. Le troisième axe, enfin, s’essaye à une cartographie critique des portails de médiation scientifique, en analysant leurs configurations actuelles, les enjeux documentaires et communicationnels qu’ils soulèvent, ainsi que les perspectives qu’ils ouvrent pour une stratégie de diffusion intégrée et pérenne des savoirs.
Ce travail d’articulation théorique permet de poser les jalons nécessaires à l’analyse du cas que nous étudierons et de mieux comprendre en quoi la conception d’un portail dédié à la médiation ne relève pas d’un simple outil de communication, mais s’inscrit dans une reconfiguration plus large des relations entre recherche, institutions et société.